Un air de fête

Par HeleneCaroline Fournier

Claudine Loquen, née en France en 1965, baigne dès son enfance, dans un milieu sensible à l’art et propice au développement artistique. D’ailleurs, la jeune Claudine échange ses poupées pour des pinceaux, encouragée par sa mère, une femme très cultivée, qui la regardait peindre jusqu’à trois heures du matin, alors que la jeune Claudine n’avait que neuf ans. Des prédispositions la mènent tout naturellement à des études en arts plastiques au Lycée Claude Monet du Havre, puis au Lycée Jeanne-d’Arc de Rouen (France) où elle suit, par la suite, des cours à l’École des Beaux-Arts. Ses années d’études l’amènent à découvrir ses maîtres : Dufy, Chagall, Modigliani, Frida Khalo, Marie Laurencin… Mais c’est le visage de Berthe Morisot, à son balcon, peint par Monet, qui laisse une trace indélébile dans sa mémoire. Claudine Loquen poursuit ses propres recherches et peint sur toile ou sur bois, à l’acrylique et à l’huile, tout en accordant une importance croissante aux effets et aux textures. Ses débuts se font à Paris en 2002, au Château de Bricquebec et à Neuilly-sur-Seine en 2003. Ensuite, les expositions se succèdent à un rythme régulier, à Paris principalement, mais également en province. Aujourd’hui, Claudine Loquen, se positionne résolument dans l’art singulier, avec des tonalités de peinture vives qui laissent derrière elles une joie de vivre. Son évolution professionnelle a été naturelle et spontanée, à l’image de l’inspiration qui l’a guidée dans son cheminement depuis ses débuts. En 2007, elle expose pour la première fois au Canada dans deux expositions à thème Bleu, couleur dominante et Légendes, contes et mythes. Sa jumelle, Sylvie Loquen, a d’ailleurs participé, elle aussi, à cette dernière exposition en tant qu’auteur des contes illustrés en peinture par sa soeur. Les deux premières expositions sur le territoire canadien de Claudine Loquen lui valent le Prix France/Europe 2008 pour s’être distinguée auprès du public. Jusqu’en 2007, peindre l’Afrique représentait bien plus que le seul plaisir de traduire sur la toile un certain exotisme, c’était une façon de plonger dans l’inconscient – c’était une façon d’établir un pont entre le pays où l’artiste rêvait de vivre et celui dans lequel elle vivait. On a donc assisté, ces dernières années, à une évolution dans le processus de création de Claudine Loquen. De l’Afrique onirique à laquelle elle nous conviait, nous sommes passés aux personnages aériens, suspendus dans l’espace, libres de toutes contraintes physiques et matérielles et n’appartenant pas à un siècle ou à une nationalité précise. Ils sont désormais intemporels, décalés, singuliers et insolites. Elle conserve néanmoins cette promenade singulière aux frontières du figuratif et de l’irréel. En 2008, elle débute l’année avec une exposition personnelle de trente toiles d’une durée d’un mois au Canada.

Ce sont donc les Petites histoires singulières de Claudine Loquen qui ont fait connaître cette artiste dans le réseau artistique et culturel de la région de Québec. Une présence qui va s’accroître en 2008, 2009 et 2010 par d’autres expositions (certaines déjà prévues depuis longtemps), dont La Grande Exposition Internationale d’Art Zoom à L’espace contemporain, une galerie d’art à Québec. Pour Claudine Loquen, être artiste, c’est avoir plusieurs missions : celle d’incarner une éthique, de dénoncer les injustices, de provoquer jusqu’à la censure, de réveiller les consciences, de créer un lien social, là où les autres ont échoué, de témoigner de l’histoire passée, présente et future, en deux mots : être engagée.

« Au-delà du réseau Internet, c’est le besoin de lien et de contact, mis à mal par la société qui incite l’artiste à explorer le champ de l’interhumain. Les artistes, à l’instar de la société de consommation, se donnent pour horizon la sphère des relations humaines. Etre artiste, ce n’est donc pas uniquement produire des formes, c’est également s’engager dans une activité par laquelle ses formes deviennent porteuses d’un projet commun. Etre artiste est une manière d’être et d’agir », nous confie l’artiste en entrevue. « L’artiste cherche à atteindre la réalité, dans la gaieté, dans la folie parfois, ou dans une grande solitude, bien souvent. L’artiste est un être peu ordinaire qui voit et qui comprend mieux que les autres la réalité des choses parce qu’il n’obéit ni aux préjugés ni aux conventions sociales. Il en arrive à oublier le côté pratique des choses et le confort matériel qu’il méprise parfois. L’artiste est un éternel enfant qui veut garder un regard émerveillé sur les choses tout en faisant rêver le commun des mortels ». L’artiste nous prête ses yeux pour regarder le monde. « Certains cherchent le bonheur, l’artiste, lui, cherche l’extase ». Mais où se situe l’artiste d’aujourd’hui dans la société actuelle ? Pour Claudine Loquen, l’artiste français d’aujourd’hui ne bénéficie pas suffisamment de soutien de la part des institutions et s’interroge sur le rayonnement culturel français de jadis qui était une référence. Certes, l’art moderne a son propre rayonnement via les musées et les grandes expositions, mais l’artiste vivant, contemporain à notre époque, semble néanmoins délaissé de la scène artistique et mal répertorié sur le marché de l’art. Claudine Loquen fait remarquer que la France est l’un des pays qui a le plus investi d’argent dans le domaine des arts plastiques, mais les institutions parisiennes, comme le MNAM ou le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, n’ouvrent pas spécialement leurs portes aux artistes contemporains français. On dit toujours « nul n’est prophète en son pays », mais à ce point !? Elle s’interroge donc sur les vrais problèmes du monde artistique, tout en restant lucide sur les ouvertures sur le monde ; la femme peintre est toujours minoritaire dans les grands salons et la place de la femme artiste reste inséparable des luttes des femmes pour leur émancipation. Qu’en est-il de l’art d’aujourd’hui ? « Les grandes étapes de l’évolution de la peinture ont été, selon moi, l’Impressionnisme, puis le Surréalisme déjà rebelle à toute forme d’académisme. C’était une révolution nécessaire. Aujourd’hui, on assiste à l’avènement d’un art plus transgressif qui rompt avec les règles et les modèles d’expression d’hier. La question est de savoir si cette transgression est créatrice et novatrice ou si elle est se veut uniquement provocatrice à l’extrême, obéissant à une demande spéculative. Finalement, cet art du tout et du n’importe quoi, soi-disant subversif, ne serait-il pas un art devenu conventionnel puisqu’il obéit à une stratégie marketing ? Le meilleur de l’art reste à venir avec le retour du beau et d’une nouvelle donne moins polémiqueuse peut-être…»

Lire l’article de la revue L’ArtZoomeur (Dossier: Les artistes d’aujourd’hui) en pdf

2016-11-30T04:02:43-04:00

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