NOTE AUX ARTISTES
Chers artistes, en tant que créateurs du visible, vous savez que l’art est bien plus qu’une simple représentation. C’est une quête incessante de sens, un dialogue avec l’invisible. Aujourd’hui plus que jamais, vous devez vous distinguer pour tirer votre épingle du jeu. Vous ne devez pas être les artisans du standard ou du prévisible, mais bien les artisans de l’innovation de demain en arts visuels et en arts plastiques. Je vous propose une série d’articles pour vous sortir des sentiers battus et pour explorer des pistes qui vous aideront à vous démarquer dans ce milieu des arts.
Aujourd’hui, dans ce troisième texte, je vous propose de comprendre que l’histoire de l’art n’est pas un examen d’histoire, c’est la bibliothèque des solutions trouvées par vos pairs à travers les siècles. Vous n’avez pas besoin de retenir toutes les dates, mais plutôt de comprendre les problèmes que les artistes ont cherché à résoudre. Oubliez la chronologie. Concentrez-vous sur ces cinq questions fondamentales qui ont guidé la création depuis les grottes de Lascaux jusqu’à l’art numérique. Elles vous offrent un cadre simple pour contextualiser votre propre travail.
1. Comment représenter la réalité ?
C’est la question de la perspective et de la technique.
Le défi est de savoir comment transposer un espace tridimensionnel sur une surface bidimensionnelle. Pendant des millénaires, l’art a ignoré la perspective pour privilégier l’importance symbolique (les figures importantes étaient plus grandes). C’est la Renaissance qui a codifié la Perspective linéaire pour créer l’illusion parfaite de profondeur. Demandez-vous si la vérité optique sert votre propos, ou est-ce que la vérité émotionnelle exige une perspective déformée (comme chez Van Gogh ou les Expressionnistes).
2. Quelle est la vraie nature de la couleur ?
C’est la question de la lumière et de l’émotion.
Le défi est de pouvoir peindre les objets avec la couleur locale (la couleur objective de l’objet, comme le vert d’une pomme) ou avec la couleur que nous voyons à cause de la lumière et de l’atmosphère. Les Impressionnistes ont quitté l’atelier pour capturer la couleur fugitive, celle de l’instant. Plus tard, les Fauves (Matisse, Derain) ont libéré la couleur de toute contrainte descriptive, l’utilisant pour sa force expressive et émotionnelle pure. Demandez-vous si la couleur n’est pas un remplissage. Elle est une force, un message. Osez le geste chromatique. Votre ciel doit-il être bleu parce qu’il l’est ou orange parce que votre sujet est angoissé ?
3. Que montre-t-on de l’être humain ?
C’est la question du statut de l’artiste et du modèle.
Le défi est de savoir s’il faut ou non représenter l’humain comme un idéal divin (Grèce antique, Renaissance) ou comme un individu imparfait de la vie de tous les jours. L’art est passé des saints et héros aux bourgeois et paysans (Réalisme, Courbet), puis au moi intérieur (Autoportraits, Expressionnisme). Aujourd’hui, on explore souvent l’identité, l’absence ou la fragmentation de l’être.
Demandez-vous si l’histoire de l’art vous montre que tout est un sujet valable. Votre propre corps, vos émotions, le portrait de votre voisin… l’art est devenu le miroir du quotidien. Le sujet, c’est vous.
4. Qu’est-ce que l’art, au fond ?
C’est la question de la définition et du matériau.
Le défi est de définir ce qu’est l’art en réalité. Est-ce qu’une œuvre doit être belle ? Doit-elle représenter quelque chose ? Est-ce que le simple fait de la nommer « art » suffit ? Marcel Duchamp, avec son urinoir transformé en Fontaine (1917), a mis fin à la domination de la technique artisanale. Il a prouvé que l’art est avant tout une idée, une intention. L’art conceptuel a consolidé cette idée, faisant de la pensée l’œuvre elle-même. Demandez-vous si vous vous sentez limité par votre médium. Si votre idée est puissante, elle peut s’exprimer dans n’importe quel matériau (papier, vidéo, installation, etc.). L’art est là où l’artiste le dit.
5. Qui décide ?
C’est la question du pouvoir et du public.
Le défi est de comprendre qui commandite l’œuvre ? Qui la voit ? L’art est passé des mains de l’Église et de la Royauté (commande publique) à celles de la bourgeoisie (collectionneurs privés), puis aux galeries et aux musées. Le public est devenu le nouveau mécène, l’artiste est devenu un entrepreneur de sa propre vision. Demandez-vous si vous êtes contraint ou pas par les goûts de votre public. Votre travail est un dialogue avec le monde. L’histoire de l’art est la preuve que ce qui est rejeté aujourd’hui (songez aux Impressionnistes) peut être célébré demain. Faites ce qui doit être fait.
Quelle est la prochaine étape dans votre pratique ?
Pourriez-vous prendre votre œuvre la plus récente et, sur une feuille, écrivez les réponses à ces cinq questions. En vous situant dans le « grand débat » de l’histoire de l’art, vous trouverez de nouvelles façons de pousser plus loin votre propre pratique artistique.
