Dossier spécial: témoignage de Ginette Ash

Avec un certain recul, en quoi cette pandémie a changé le cours de votre vie artistique ? Comment vivez-vous avec les nouvelles contraintes (port du masque, distanciation, nombre limité de gens dans un même endroit, frontières fermées, l’attente d’un vaccin, etc.) ? Avez-vous surmonté des obstacles que vous pensiez infranchissables de prime abord ? En quoi cette pandémie de 2020 vous a-t-elle révélé des choses à vous-mêmes ? Quel regard portez-vous sur 2021 au niveau de votre vie d’artiste professionnel(le) ?

Ginette Ash est une artiste originaire de Rouyn-Noranda qui vit à Lévis. Le dessin a très tôt fait partie de sa vie. Dès l’enfance, elle s’est intéressée à la peinture à l’huile. A l’adolescence, elle voulait devenir artiste peintre. Pour faire plaisir à ses parents, qui souhaitaient une profession plus stable, elle a choisi un autre métier. Elle a étudié en arts plastiques à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) pour devenir enseignante en arts plastiques. En 1975, détentrice d’un baccalauréat en arts plastiques et en pédagogie, elle a commencé à enseigner les arts tout en demeurant active sur la scène régionale à partir de 1978. Après 34 ans, de loyaux services et d’amour de la profession d’enseignante, elle prend sa retraite à cause de problèmes de santé. Elle se met alors à peindre à temps plein. Tout au long de sa carrière, elle s’est inscrite à des cours d’huile, d’acrylique, d’aquarelle sur papier et tissu, de peinture sur bois, etc. De fil en aiguille, elle s’est inscrite à des associations et regroupements artistiques professionnels et a reçu de nombreux prix et distinctions pour son travail.

Oeuvre de Ginette Ash

Oeuvre de Ginette Ash

La pandémie COVID-19 l’a touchée, comme de nombreux artistes. «Ce coronavirus a eu comme conséquences de nombreuses fermetures de commerces et l’économie en a subi un dur coup. Par conséquent, le confinement, le manque de socialisation entre les gens et les familles ont engendré la perte d’êtres chers, des dépressions, des divorces et même des suicides».

En octobre, la région de Chaudière-Appalaches devenait une «zone rouge» et, pour Ginette Ash, c’était la suite d’une série de catastrophes. «L’être humain n’est pas fait pour vivre sans voir personne; il a un grand besoin de communication, de contacts humains, de socialisation pour son bien-être psychologique et moral. Le mot «solitude» a été associé à cette maudite pandémie. Le stress, l’anxiété et le désarroi étaient à leur comble».

Oeuvre de Ginette Ash

Oeuvre de Ginette Ash

En entrevue, l’artiste brosse un tableau général qui n’est pas rose. A tous les niveaux, c’était la désolation. «Cela a créé un tort immense, une perte d’argent chez les artistes. Heureusement, plusieurs ont fait preuve de créativité en créant des symposiums virtuels, en publiant leurs œuvres sur Facebook pour se faire connaître et vendre». Ginette Ash, notamment connue pour participer à de très nombreux symposiums pendant la saison estivale a vu sa programmation 2020 réduite à presque rien. Les expositions et évènements étant reportés ou carrément annulés, seules les expositions virtuelles demeuraient au programme. «Cette COVID-19 m’a affectée moralement et j’ai subi un blocage intellectuel et artistique». Incapable de créer et de peindre, l’artiste vivait aussi une angoisse pour sa sœur jumelle. «Comble de malheur, en plus d’avoir une scoliose sévère et un cancer de stade 4 depuis un an, elle a fait une pneumonie et elle a dû être hospitalisée pendant six jours à l’Hôtel-Dieu-de-Lévis. Je ne pouvais pas aller la voir, j’avais beaucoup de peine et mon cœur était déchiré de constater sa grande souffrance». Pendant la pandémie, la sœur de Ginette, a suivi des traitements en immunothérapie au CERCO de Québec.

Oeuvre de Ginette Ash

Oeuvre de Ginette Ash

Lors du déconfinement de juin, pour évacuer le stress, l’artiste a fait du jardinage avec son mari. «Le jour de notre 42e anniversaire de mariage, le 12 août dernier, nous avons eu un dégât d’eau dans la salle de bain du sous-sol qui est venu contrecarrer notre journée toute spéciale». La salle de bain a été refaite au complet. «Comme j’avais été confinée dans la maison sans sortir pendant trois mois, le fait de magasiner, d’aller chez la coiffeuse ou au restaurant avec ma sœur et mon mari, ont été un cadeau du ciel pour moi. J’étais heureuse de reprendre une vie plus normale».

Quant au port du masque, elle s’y est conformée facilement puisqu’il était devenu obligatoire. C’était surtout la distance, entre sa soeur jumelle et elle, imposée par les restrictions liées à la pandémie qui ont été difficiles à vivre. De ne pas pouvoir être présente lors de ses traitements et de ses rendez-vous, de la voir souffrir à distance, c’était une situation intenable pour elle.

«Au début de septembre, j’ai décidé de reprendre mes pinceaux». Préalablement, elle a dû passer par-dessus son manque de confiance en elle et une fatigue accumulée. Elle s’est ressourcée auprès de l’art.

Oeuvre de Ginette Ash

« Ainsi, le goût, la motivation, la passion et l’amour du métier sont revenus. Je faisais de la recherche sur Internet, dans des livres d’art et je visionnais plusieurs vidéos artistiques. Prendre du recul a été nécessaire et bénéfique car j’ai pris conscience que, malgré les aléas de la vie, j’avais un grand besoin de créer, de peindre. C’est ce qui me passionne depuis toujours ».

Avec la recrudescence des cas dans plusieurs régions du Québec dont la sienne, le reconfinement partiel et la zone rouge qui amène de nouvelles privations, la peur revient. «Allons-nous être confinés à nouveau? Allons-nous vivre de nombreux décès? Allons-nous connaître une récession économique? Ce sont des questions qui demeurent. C’est l’incertitude totale!» L’artiste espère néanmoins qu’en 2021, il y aura un vaccin et que nous aurons tous droit à une vie meilleure. D’ici là, c’est la résilience, mais aussi la peur de l’incertitude.

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