Comme je le disais dans mon premier texte sur le sujet, « l’artiste n’aura plus besoin de prendre en main son outil de travail pour dessiner ou peindre. Il n’aura plus à perdre de temps pour chercher un sujet qui l’inspire. Il pourra dicter verbalement ses instructions à l’IA qui lui crachera une peinture façon Van Gogh sans que l’artiste n’ait eu à lever le petit doigt. » L’affirmation mérite une nuance en couleurs parce rien n’est jamais blanc ou noir.

En fait, depuis le mois d’octobre 2023, j’expérimente la peinture par l’IA pour bien cerner le sujet. J’ai intégré une communauté d’artistes internationaux en AI ART (eh oui, il y a un nom pour ça – les oeuvres sont des « AI-Generated Artworks »). J’y ai découvert des artistes qui ont développé leur propre univers, qui participent à des concours (j’en ai même gagné quelques-uns !) et qui essaient de se tailler une place dans ce monde particulier où l’image n’est pas juste une image, parce que la culture de chacun a un rôle à jouer combinée à l’imagination créatrice. S’il y a énormément d’images gores de vampires aux yeux rouges, de démons aux longues dents et de zombies décharnés, il y a aussi des images d’une incroyable beauté et sensibilité. On sent la personnalité de l’artiste derrière l’oeuvre générée car il ne suffit pas de dire à l’IA qu’on veut une image d’une femmes des années 20, encore faut-il orienter l’IA vers un style avec des détails à mettre dans l’image, ce qui fait qu’une autre personne qui a moins d’imagination (ou moins de culture) ne pourrait pas refaire une image de la même qualité avec autant de détails.

Il y a beaucoup d’images générées par des « joueurs » pour créer des univers particuliers pour des jeux vidéo, il y a des images de mondes futuristes (on voit que certains espèrent un monde meilleur pour l’humanité plus près de la nature ou carrément sur une autre planète). En tant que théoricienne de l’art, j’ai souvent utilisé l’herméneutique de l’art pour interpréter et comprendre en profondeur les créations que je voyais et pour remonter à leur genèse: Quel était le besoin de cette personne de créer telle ou telle image ? Pour plusieurs, ce besoin est d’inspirer la beauté ou un idéal. J’ai profité de mon séjour chez ces artistes pour me faire quelques connaissances dans cette vaste communauté qui va de l’adolescent à l’octagénaire. J’ai posé des questions sur leurs besoins en tant qu’individu d’utiliser l’IA. J’ai été étonnée de voir que certains professionnels l’utilisent pour générer des idées qu’ils feront en vrai par la suite: joaillier, pâtissier, designer de mode, designer d’intérieur, artisan en vitrail, mosaïste, architecte, etc. Tous sont à la recherche d’idées nouvelles. J’ai aussi rencontré des auteurs qui généraient des personnages pour leur roman au lieu de piger sur Pinterest ou Instagram pour de vraies personnes qui pourraient se reconnaître dans une description narrative trop précise. J’ai rencontré des artistes en arts visuels: photographes, aquarellistes et peintres qui cherchent des sujets et des effets intéressants pour pousser plus loin leur propre pratique artistique professionnelle.

Le nombre de nouvelles images générées quotidiennement est astronomique dans cette communauté. Plusieurs utilisent l’intelligence artificielle comme un simple outil de recherche et d’exploration. Il y a aussi les amoureux des animaux (comme sur Facebook). Si l’éthique n’est pas le premier paramètre de cette intelligence artificielle, c’est parce que la personne derrière l’IA en manque, tout simplement. J’ai compris que les personnes créent à leur image dans leur spectre d’intérêt. Sans être une experte de l’AI ART, j’en viens à penser comme ceux qui disent que les artistes vont définir leur relation à la machine comme une collaboration, une co-création ou une inspiration. L’IA seule ne crée rien. Il faut lui demander de créer… C’est comme l’appareil photo, seul il ne crée rien. Il faut un humain pour le faire fonctionner. A l’arrivée de l’appareil photo, les peintres ont cru que la peinture était terminée. Or, il n’en est rien. Depuis 1839 que l’appareil photo a été inventé, on retrouve toujours des peintres portraitistes et paysagistes sur le marché de l’art… et qui travaillent à partir de photos.

Crédits: Oeuvres générées par l’IA, commissionnées par HeleneCaroline Fournier, inspirées par le travail de Mucha

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