« Muriel Cayet. Intériorité » est une exposition semi-permanente présentée du 1er mars 2022 au 28 février 2023 au Musée d’art contemporain VR 3D (MACVR3D) dans laquelle sont présentées 130 peintures de l’artiste française. Cette exposition est visible sur Internet et dans un casque de réalité virtuelle sur le site: www.macvr3d.com – durée: 6:30 minutes – Produit et réalisé par Art Total Multimédia (c) Copyright 2022 – L’exposition vient avec un livre d’art et cette production audiovisuelle.


Parallèle philosophique
La définition très formelle de l’intériorité est la qualité ou le caractère de ce qui est intérieur. Cela désigne, dans la langue philosophique, ce « dedans » de l’homme que chacun appréhende immédiatement en lui-même et qui, se distinguant de l’univers visible et du monde physique auquel appartient le corps humain, se présente comme une expérience subjective. Malgré les représentations matériellement dualistes (intérieur / extérieur) de l’homme, ces états ne forment qu’un seul et même être complexe en réalité. Cette existence, objective et subjective, double et une à la fois, constitue le paradoxe fondamental de la condition humaine. On peut considérer philosophiquement ce paradoxe comme une source de questionnements, de réflexions, fixant la pensée vers un monde de sensations physiques (extérieures) et d’intuitions, de sublimations, d’expériences, absolument non physiques (intérieures). De même, l’art peut être appréhendé de façon extérieure et intérieure. D’abord de façon extérieure par l’objet en lui-même, puis de façon intérieure par l’émotion que l’objet d’art procure. La lecture au premier degré est l’oeuvre physique, en l’occurence la peinture. La lecture au deuxième degré est ce qui s’en dégage, ce qui nous interpelle au niveau de l’interprétation qu’on se fait de la scène, de ce qu’on ressent face au sujet. Puis, s’il y a lieu, le troisième, quatrième, cinquième degré… l’interprétation symbolique, son concept philosophique, sa portée sociologique, etc. Une peinture n’est jamais ce qu’elle semble être. Particulièrement dans cette exposition, le degré de lecture des oeuvres est multiple. L’intérieur n’est pas juste un salon, une cuisine, une bibliothèque, un studio, mais une forme d’intériorité symbolique. Une interprétation de ce qui est en l’artiste (auteure, peintre et art-thérapeute) et, par extension, ce qu’on peut retrouver en nous-mêmes. Si on y ajoute le contexte de la pandémie, un intérieur prend une autre signification, celle du cocooning, voire du refuge intérieur.

Thématique de l’exposition
La maison signifie l’être intérieur; ses étages, sa cave et son grenier symbolisent quant à eux divers états de l’âme. La cave correspond symboliquement à l’inconscient, le grenier à l’élévation spirituelle. La maison est aussi un symbole féminin avec son sens de refuge, de mère, de protection, de sein maternel. La psychanalyse reconnaît, dans les rêves de la maison, des différences de signification, selon les pièces représentées, et qui correspondent à divers niveaux de la psyché. L’extérieur de la maison, c’est le masque ou l’apparence. L’intérieur est ce monde qui nous habite et qui est le lieu de secrets, comme un sanctuaire qui renferme des trésors sur soi-même à découvrir. La cuisine symbolise le lieu des transmutations alchimiques ou des transformations psychiques, c’est-à-dire l’endroit de l’évolution intérieure. Dans les oeuvres représentées par Muriel Cayet, il y a plusieurs références à la littérature, notamment avec ces grandes bibliothèques murales, ou encore à ces coins intimistes pour écrire, symbolisant tour à tour la connaissance, la science, la sagesse aux côtés de la libération car l’acte d’écrire est libérateur. Il y a également plusieurs scènes intérieures qui donnent à voir des tableaux sur les murs, qui font directement référence à l’art de peindre et à l’art de s’évader à travers la peinture. Ces intérieurs toujours richement colorés donnent envie de s’y attarder avec leur fenêtre ouverte sur l’air et sur la lumière qui symbolisent la réceptivité terrestre. Symboliquement, la lumière de l’extérieur est mise en relation avec l’obscurité de l’intérieur. Une lumière est nécessaire pour équilibrer tous les niveaux de l’être, quelle soit divine, purement intellectuelle ou autre. Intérieur et intériorité sont deux niveaux de lecture des oeuvres de l’artiste; deux niveaux qui sont très proches l’un de l’autre car il n’y a pas d’intériorité sans un intérieur et il n’y a pas d’intérieur sans un désir d’entrer dans un univers différent de celui qui est extérieur à soi. Les salons désertés, qui ne demandent qu’à s’emplir d’une présence, sont une terre fertile pour l’imagination qui crée une narration autour des éléments qui meublent la pièce. L’intemporalité des lieux saisit celui qui s’y évade l’espace d’un instant. En ces temps, restreints au salon et à la cuisine, n’a-t-on pas envie de s’envoler vers des ailleurs et se connecter à d’autres intériorités ?

Texte d’HeleneCaroline Fournier, experte en art et théoricienne de l’art, rédactrice spécialisée, critique