Florence Goellner

Par HeleneCaroline Fournier

La Vesta du feu sacré

L’art céramique apparaît en Extrême-Orient vers le Xe millénaire av. J.-C., au Proche-Orient au VIIe millénaire av. J.-C., et en Occident au VIe millénaire av. J.-C. L’histoire de la céramique chinoise est la plus riche du monde. Dès le IIe millénaire av. J.-C., celles-ci étaient déjà très élaborées et la température de cuisson pouvait atteindre 1300 °C. Au XIIe siècle, les porcelaines chinoises atteignent la perfection et permettent à la Chine de devenir le premier pays exportateur de céramique au monde, place qu’elle conserve jusqu’au XIXe siècle. Lorsqu’on aborde la céramique, on aborde également l’histoire. C’est dans cette histoire que s’inscrit le cheminement de Florence Goellner.

Florence Goellner témoigne de son temps par le biais de la céramique. Plus que l’approche horizontale de l’oeuvre artistique à travers les cultures humaines contemporaines et les individus, c’est son aspect vertical dans le temps comme témoignage à la fois d’une pensée humaine et de la vie en général qu’elle retient de ce médium. Affranchi de l’éphémère, le support devient un témoin du temps que l’on imagine linéaire. La première évidence, c’est que la céramique prend naissance de la glaise originelle, est modelée par la main de l’Homme, transformée par le feu et traverse le temps et les époques avec une aisance déconcertante, mais aussi rassurante. Soumise parfois à l’usure, à la destruction, cette manière, d’apparence inerte, vit en elle-même. Elle accompagne l’Homme, signant sa présence, racontant comment autrefois d’autres céramistes faisaient de même. C’est cette façon unique de signer un moment dans la trame de l’histoire qui a séduite Florence Goellner. « L’oeuvre personnelle est le fruit d’un long parcours ; très jeune j’ai modelé la terre, celle du jardin très argileuse puis celle donnée par un céramiste ami de mon père. Adolescente, j’ai essayé l’émail sur cuivre. Issue d’une famille de musiciens et d’architectes, tous eintres à leurs heures, j’ai naturellement peint sur toile, cela me laissait insatisfaite ». Après des études scientifiques, huit ans de biologie et de géologie, Florence Goellner se marie. L’arrivée de quatre enfants signera d’une autre façon une grande époque de sa vie. Son atelier se trouve adjacent à sa maison et n’est pas chauffé. Parfois, elle travaille dans le jardin devant l’atelier. Un four plus vaste et un peu plus de confort serait l’idéal pour cette artiste qui perçoit son art comme un travail de recherche qui se fait en privé. La disposition de son temps est très flexible. On la retrouve ainsi aux finitions, au chargement du four ou encore à la cuisson le matin. L’après-midi, c’est généralement la réalisation, le modelage ou l’émaillage. Pour ce qui est de la créativité, elle est plus propice pendant la nuit, lorsqu’elle réfléchit à ses pièces. Florence Goellner prend le travail comme il vient : selon ses envies, ses impératifs d’exposition et le temps qu’il fait puisqu’elle préfère faire ses cuissons en extérieur. Elle travaille seule mais n’hésite pas à travailler de temps en temps avec d’autres artistes, ce qui lui permet d’aborder de nouvelles pistes et de nouveaux sujets. L’envie de créer est avant tout philosophique ! C’est le besoin de communiquer, de laisser une trace… Elle compare son lieu de travail comme un laboratoire où elle se sent libre de créer sans contrainte. L’oeuvre terminée doit la faire vibrer, la faire rêver. Le regard des autres est, pour elle, très important puisque l’art est un langage, c’est également la porte de rencontres au-delà du temps et de l’espace. La technique du raku est un procédé de cuisson. Les pièces incandescentes sont enfumées, trempées dans l’eau, brûlées et laissées à l’air libre. Elles subissent un choc thermique important. Dans tous les cas ces pièces travaillent et chantent ainsi l’histoire de la terre, du feu et de l’eau. L’implication dans le raku est souvent plus profondément issue de sa philosophie, de ses racines et de son sens culturel. Florence Goellner est une adepte du raku japonais. La multitude de paramètres mis en jeu permet d’obtenir des résultats variant à l’infini, ce qui confère à la pièce entièrement réalisée manuellement, la qualité d’objet unique. Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec cette technique particulière, sachez que le raku est synonyme de cuisson basse température. Les pièces émaillées sorties d’un four à environ 1000°C sont rapidement recouvertes de matières inflammables naturelles comme de la sciure de bois compactée afin d’en empêcher la combustion en limitant l’apport d’oxygène au contact de l’émail en fusion. Cette phase est la réaction d’oxydo-réduction au cours de laquelle apparaissent les couleurs plus ou moins métalisées, les craquelures ainsi que l’effet d’enfumage de la terre laissée brute formant les principales caractéristiques de ce type de céramique. Après refroidissement les pièces sont nettoyées avec un produit abrasif pour enlever tous les résidus de suie et de cendre. C’est une technique qui se pratique depuis l’aube des temps et qui se perpétue à travers les siècles et les millénaires.

Lire l’article en format pdf

2016-11-30T04:02:45-04:00

Archives