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Erik Bonnet, le Street Pop Artiste

Erik Bonnet, né à Metz (France), étudie d’abord en littérature. Il fait un BAC littéraire et obtient un diplôme de bibliothécaire. Par la suite, il étudie à l’École d’Art Contemporain à Luxembourg-Ville, de 2001 à 2003.

Son intérêt pour l’art débute à l’âge de 18 ans à force de traîner dans les médiathèques. Issu d’une famille d’ouvriers de la métallurgie, comme une grande partie des artistes lorrains de son époque, Erik Bonnet s’intéresse au Pop Art et au Street Art. Ses influences principales sont les artistes Andy Warhol, Robert Rauschenberg, deux artistes plasticiens américains et Peter Klasen, un peintre, photographe et sculpteur allemand qui a notamment travaillé sur le thème de l’industrie. La liste est longue car Erik Bonnet s’intéresse à toute la culture populaire issue du cinéma, de la télévision et de la bande dessinée. En plus du Pop Art, Erik Bonnet est également influencé par le Street Art – ou l’art urbain – mouvement artistique contemporain qui regroupe plusieurs formes d’art réalisées dans la rue ou dans des endroits publics. Les artistes qui le marquent sont surtout Banksy, artiste anglais, Jef Aérosol, un nantais issu de la première vague de Street Art du début des années 1980 et C215, un autre artiste pochoiriste français, etc. A l’arrivée, Erik Bonnet se positionnera dans un style alliant les deux mouvements, ce qui donnera le Street Pop Art.

L’artiste mosellan débute ses expositions en 1990 en France. Dès les premières années de sa carrière, il expose en France, au Luxembourg, en Allemagne, aux États-Unis, au Brésil et au Canada. On le retrouve dans des salons internationaux, notamment au SM’ART (Salon Méditerranéen d’art contemporain et d’art abstrait) en Provence, à LIBR’ART (Salon international d’art contemporain de Libramont) en Belgique, etc. Il multiplie ses expositions un peu partout en Europe, mais surtout dans sa Lorraine natale qu’il n’a jamais délaissée. En 2010, il rajoute la Belgique à sa liste. Cette même année, il reçoit un certificat de reconnaissance en tant qu’artiste international. L’année suivante, il reçoit le Prix du Mérite Artistique qui reconnaît officiellement son travail, développé depuis plus de vingt ans. En 2016, il expose en Pologne puis, en 2017, on le retrouve dans deux expositions internationales au Canada, un nouveau marché à séduire bien différent de celui de l’Europe.

Erik Bonnet est membre de plusieurs associations artistiques en France, en Allemagne et au Canada (Le Cube qui est un monument historique réalisé par Le Corbusier qui fait atelier d’artistes et espace d’exposition, Session Noire et le Collectif International d’Artistes ArtZoom, etc.).

On pourrait décrire Erik Bonnet comme étant un peintre, mixeur de formes, de textures et d’objets. C’est un artiste plasticien qui utilise divers objets pour ses collages et divers médiums, combinés ensemble, pour ses autres oeuvres. « Ne soyez donc pas surpris de voir mes oeuvres partir dans de multiples directions et ne se ressemblant pas entre elles car mes hantises principales seraient de refaire sans cesse les mêmes choses sans me réinventer, et de mourir avant d’avoir pu réussir à réaliser tout ce qui se trouve dans mon cerveau qui, tel un ordinateur, ne s’arrête jamais de tourner et cherche de nouvelles routes pour mon art ! »

Erik Bonnet, à travers son travail, propose une vision de la superficialité de genre humain et de la futilité.

Il utilise des documents anciens (livres, revues, affiches, publicités, etc.) pour concevoir ses fonds, crée une intemporalité – un mariage entre ancien et moderne – de l’idée qui est mise de l’avant dans ses compositions. Il utilise bien souvent le collage, la peinture en aérosol, les stylographes, les pinceaux, la peinture acrylique et divers objets pour faire passer son message qui a pour but de suspendre le cours du temps, d’interpeller le public, l’émouvoir, le séduire, le sensibiliser à quelque chose et – but ultime – le faire réfléchir. Ses formats sont le plus souvent du 50 x 70 cm pour l’aspect pratique. Habituellement, l’artiste travaille sur plusieurs oeuvres à la fois, utilisant le temps de séchage et de réflexion des uns pour oeuvrer sur les autres. C’est ainsi qu’il va mettre au point ses séries qui auront pour but de pousser plus loin sa réflexion sur des thèmes précis. « Je ne veux pas que mes tableaux soient trop évidents à comprendre mais, en même temps, je recherche à faire passer un message. De plus, je souhaite pour les spectateurs apporter quelque chose de neuf qu’ils n’aient pas déjà vu ailleurs auparavant ».

Par ses oeuvres, Erik Bonnet bouleverse les codes de l’art: « Partant du principe que chacun attend quelque chose de l’autre, qu’est-ce qui se cache derrière l’autre ? Que veut-il nous occulter par son apparence ? Est-ce conscient ou inconscient ? ». Sa réflexion va plus loin: « La femme sexy, si offerte et si désirable, veut-elle seulement nous charmer avec son corps ou se servir de nous à d’autres fins ? Si l’on franchit le pas vers elle, jusqu’où le jeu de l’« autre » va-t-il nous emmener ? »

Au-delà d’une dimension presque affective, il y a donc toute l’influence sociale avec laquelle l’artiste joue. « Je construis mes portraits par l’utilisation/interprétation visuelle des codes du Pop Art. Ils proviennent pour beaucoup du monde de mon enfance: science-fiction, polars, bandes dessinées, cinéma, séries télé… Une technique de peinture en bombe typiquement issue du Street Art dans laquelle viennent se frayer les collages pour le fond des oeuvres à base de documents anciens authentiques ». Les modèles sont souvent sorties hors de leur contexte d’origine. Dans des poses provocantes, dans des décors oniriques, voire surréalistes, Erik Bonnet, crée un univers propre à lui, empreint d’humour et de provocation. Si certains modèles suggèrent une continuité grâce aux histoires que les fonds racontent, l’artiste n’hésite pas à jouer de sa créativité pour, parfois, opposer deux idées fortes. « On y voit la beauté, la sensualité, l’élégance, mais aussi le rêve et son fantasme, le sexe ou encore l’angoisse, la peur, la révolte sociale entre le dominant et le dominé ». Le fini « glacé » (à l’époxy) de l’oeuvre reflète, tel un miroir, le spectateur qui devient, inconsciemment, partie intégrante de l’oeuvre fictive.

Emil Cioran, philosophe et écrivain roumain, disait: « Toute chose trouve dans le beau sa propre raison d’être, son équilibre interne et sa justification. Un bel objet ne se conçoit que tel quel. Un tableau ou un paysage nous enchanteront au point que nous ne pourrons pas, en les contemplant, nous les représenter autrement que dans l’état où ils nous apparaissent. Placer le monde sous le signe de la beauté revient à affirmer qu’il est tel qu’il devait être. Dans une telle vision, la beauté ne sauvera pas le monde, mais elle peut nous rapprocher du bonheur. »

Aujourd’hui l’écriture plastique d’Erik Bonnet revêt plusieurs esthétiques différentes, mais un point commun les unie toutes: leur signification. Au-delà de la forme et du style, le fond est profondément engagé. Ses images empruntent volontiers leur matériau au passé, jouant sur toutes les occasions d’ambiguïté interprétative contemporaine, que ce soit au niveau formel ou structural. Le résultat futur est toujours une image qui fait oublier la technique. L’artiste explore une gamme presque illimitée de variations sur un thème précis. Chaque élément utilisé modèle ainsi l’oeuvre à l’image de la pensée de l’artiste.

Crédit photos: Marie Paule Fayle

Paru originellement sur le HuffPost Québec, le 30 juin 2017

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